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Rapport de la recherche 2006 de la Ligue pulmonaire suisse et de la SSP

 

·       Pourquoi soutenir la recherche?

 

Depuis plusieurs années la LPS soutient la recherche médicale sur les maladies pulmonaires en Suisse. Les projets bénéficiant de ces subsides sont sélectionnés par un comité ad hoc de la Société suisse de pneumologie. Il importe, pour plusieurs raisons, qu'une recherche médicale de haut niveau se poursuive dans notre pays. D'une part, les priorités de développement ne doivent pas être l'apanage exclusif de l'industrie, au risque de faire l’impasse sur des problèmes de santé réels, mais « non rentables ». D'autre part, le Fonds national suisse de la recherche scientifique – l’unique organe fédéral qui soutient la recherche institutionnelle – devient toujours plus compétitif et tend à soutenir en priorité de vastes projets émanant de groupes de recherche de pointe aux effectifs considérables. Il y a donc un besoin évident de soutien pour des groupes plus restreints sans lien avec des besoins de commercialisation immédiate.

 

·       Les projets soutenus en 2007

 

Deux projets (sur onze) ont été retenus par la commission. Le premier, proposé par la Dresse Silvia Ulrich du service de pneumologie de l'Université de Zurich, a pour objet une maladie plus courante que ce que l'on croyait jusqu'à il y a quelques années: l'hypertension pulmonaire. Contrairement à l'hypertension artérielle classique, diagnostiquée par une mesure au sphygmomanomètre, l'hypertension pulmonaire ne touche que les vaisseaux irriguant les poumons et n'est donc pas accessible à une mesure directe simple. On peut cependant la dépister efficacement par échocardiographie. Ses symptômes sont peu spécifiques: fatigue, dyspnée à l'effort. De ce fait, le diagnostic est souvent tardif (après plusieurs années d'évolution de la maladie). L'équipe de la doctoresse Ulrich s'intéresse à une autre manifestation de cette maladie, la respiration périodique. Il s’agit d’un dérèglement du contrôle de la respiration, caractérisé par des alternances d’hyper- et d’hypoventilation. Il se rencontre classiquement dans l'insuffisance cardiaque ou dans certaines maladies cérébrales. Cette équipe pense que ce dérèglement pourrait intervenir dans l'hypertension pulmonaire et se propose de dépister chez 60 malades la survenue d'une respiration périodique par enregistrement nocturne comme pour la détection des apnées du sommeil. Si l'hypothèse se vérifie, les auteurs étudieront si ce signe influe sur le pronostic et si un traitement se justifie. (CHF 58'863.-)

 

Le second projet soutenu par la LPS concerne une maladie beaucoup plus fréquente, notamment chez les jeunes: l'asthme bronchique. La Dresse Claudia Kuehni de l’Université de Berne s'intéresse plus particulièrement aux symptômes respiratoires du petit enfant présentant une respiration sifflante. Le diagnostic d'asthme infantile se fonde actuellement sur des signes cliniques pas toujours très fiables et dont l'appréciation est laissée au pédiatre. L’auteure se propose d'étudier avec de nouveaux outils statistiques deux groupes d'enfants (près de 9000 en tout) atteints en Angleterre et à Berne. Par une analyse rigoureuse des symptômes, des signes cliniques standardisés et de l'évolution sur plusieurs années, les auteurs comptent établir une grille diagnostique utilisable par le pédiatre clinicien et permettant de pallier les incertitudes actuelles (CHF 21'137.-).

 

Résultats des projets soutenus par le passé

 

Il ne s'agit évidemment pas d'allouer des subsides sans contrôle de leur bonne utilisation. Les bénéficiaires sont donc tenus de remettre à la fin de leurs travaux un rapport scientifique détaillé, accompagné des articles publiés grâce au soutien financier accordé. Voici les principaux résultats qui nous sont parvenus ces douze derniers mois:

 

Trop d'oxygène nuit

 

L'oxygène est un gaz indispensable à la vie. Dans certaines maladies respiratoires l'air inspiré doit être enrichi en oxygène (concentrateur ou réservoir). Mais l'inhalation prolongée d'oxygène pur peut être toxique pour les poumons, effet bien connu des pédiatres s'occupant des prématurés dont l'immaturité pulmonaire exige l'administration de hautes concentrations d'oxygène. La Dresse Alessandra Pagano a étudié les mécanismes biologiques de cette toxicité sur des cultures et sur la souris. Une enzyme impliquée dans la réparation cellulaire semble jouer un rôle régulateur clé.

A Pagano, C Pitteloud, C Reverdin, I Metrailler-Ruchonnet, Y Donati, C Barazzone-Argiroffo.
Poly(ADP-ribose) polymerase activation mediates lung eptihelial cell death in vitro but is not essential in hyperoxia-induced lung injury.
Am J Respir Cell Mol Biol 2005; 33: 555-564

La bronchoscopie est essentielle au diagnostic de la pneumonie chez les immunosupprimés

 

Les patients aux défenses immunitaires diminuées (maladie, traitement) sont plus exposés aux infections qui, lorsqu'elles touchent le poumon, peuvent être très sévères. La Dresse Ladina Joos, de Bâle, a analysé les données de plus de 1000 complications de ce type où le diagnostic a pu être posé grâce au prélèvement de sécrétions in situ par bronchoscopie. Un tiers des infections étaient bactériennes, les autres étant virales ou mycologiques.

L Joos, PN Chhajed, J Wallner, M Battegay, J Steiger, A Gratwohl, M Tamm. Pulmonary infections diagnosed by BAL: a 12-year experience in 1066 immunocompromised patients.
Respir Med 2006 

 

La lutte contre la tuberculose continue

 

Si le nombre de nouveaux cas de tuberculose en Suisse régresse (environ 500 cas/an), cette maladie reste cependant d'actualité notamment dans les populations à risque (migrants, par ex.). Les travaux du Dr Otto Schoch, à St Gall, ont montré que la radiographie du thorax et les symptômes cliniques ne suffisaient pas au diagnostic: en cas de suspicion, il faut toujours rechercher le bacille dans les expectorations ou par bronchoscopie.

O Schoch, P Rieder, C Tueller, E Altpeter, JP Zellweger, HL Rieder, M Krause, R Thurnheer. Diagnostic Yield of sputum, induced sputum and bronchoscopy after radiological tuberculosis screening.
Am J Respir Crit Care Med 2007; 175: 80-86

La fibrose pulmonaire: une maladie orpheline

 

La fibrose pulmonaire est une maladie rare avec des possibilités de traitement encore très insuffisantes. Une meilleure connaissance des mécanismes qui entraînent cette atteinte irréversible du tissu pulmonaire est donc nécessaire pour élaborer de futurs traitements efficaces. En étudiant in vitro les cellules du poumon, la Dresse Katrin Hostettler de Bâle a identifié une molécule naturellement sécrétée par la muqueuse, empêchant la prolifération des cellules de soutien responsables de la fibrose. Il se peut que cette protection naturelle soit altérée dans la fibrose pulmonaire.

K E Hostettler, P Borger, JK Burgess, JL Back, M Tamm, M Roth. Anti-proliferative effect of primary human aireay epithelial cells on human lung fibroblasts.

 

Dr John-David Aubert
Président de la commission scientifique de la SSP

Lausanne